LA CHARPENTE

Si vous avez lu en début d’année l’article sur Les Petites Habitudes, vous savez que j’aime arriver à sortir au moins une fois dans mes journées pour aérer mon cerveau …

Alors aujourd’hui, après avoir préparé tout ce dont j’aurai besoin dans le reste de ma semaine de travail, j’ai repoussé l’envie d’écrire pour Les Contentés et je suis sortie pour profiter du soleil, et de ce printemps timide qui revient.

Pendant cette balade, j’ai réfléchit à ce que j’avais envie de vous partager aujourd’hui et j’ai repensé à une conversation que j’ai eue avec une amie il y a une semaine. Elle me parlait d’un  orateur qu’elle avait entendu partager à propos de ces versets de la Bible :

« Pourquoi vois-tu la paille qui est dans l’oeil de ton frère, et n’aperçois-tu pas la poutre qui est dans ton oeil ? Ou comment peux-tu dire à ton frère : « Laisse-moi ôter une paille de ton oeil », toi qui as une poutre dans le tien?   » Matthieu 7v3-4

Cet orateur expliquait entre autre choses que ces poutres dans nos yeux pouvaient être comparées à la charpente de nos pensées. J’ai beaucoup aimé cette image. Elle signifie que pour voir l’autre tel qu’il est, nous devons voir plus loin que ces poutres qui façonnent nos jugements. Juste avant ces deux phrases, Jésus était en train de dire : « on vous jugera du jugement dont vous jugez, et on vous mesurera avec la mesure dont vous mesurez ». Je ne sais pas vous, mais ma charpente, bien solide de préjugés et d’opinions, est souvent dure envers les autres. Je ne sais pas comment je m’en sortirais si j’étais jugée par moi-même.  

Dans mon nouveau travail, je suis confrontée à plein d’humains : des petits, des grands, des moyens … Et dans la vie de tous les jours, nous sommes amenés à interagir avec des dizaines d’autres êtres humains, qui souvent mettent à l’épreuve notre patience, notre amour, notre joie.

Et ça va tellement vite de se laisser limiter par nos charpentes, et de ne pas voir plus loin.

Ça va tellement vite de projeter sur l’autre ce que je crois voir de lui, et d’oublier que c’est un être humain, une créature voulue par Dieu, une personne qui passe elle aussi une sale journée, qui a ses problèmes, ses montagnes, ses difficultés.

Je me dis tellement facilement que mon interlocuteur est de mauvaise volonté, qu’il est paresseux, incapable ou antipathique. La tension monte si rapidement, l’énervement, la frustration, l’incompréhension … Mais elle peut redescendre, si je me rappelle que ce que je vois n’est pas la réalité, mais ma réalité … et que cette réalité est incomplète.

Pendant ma balade, j’ai croisé un tracteur qui épandait des petites billes de je ne sais quoi sur un champ. Ma charpente s’est mise en route, mon ventre s’est serré en pensant à ses plantes contaminées qui allaient certainement finir dans l’estomac d’un animal (… et éventuellement dans le mien). Et puis, j’ai suivi ce tracteur alors qu’il faisait demi-tour et j’ai vu son conducteur tourner la tête pour observer son champ.

Je me suis demandé ce qu’il voyait, lui.

Un champ qui allait lui demander encore tellement de travail. Les longues heures passées à l’arpenter en long, en large, en travers, pour prendre soin de la terre, pour qu’elle produise un bon rendement. L’argent ou les autres possibilités qu’elle lui offrira au final. Le printemps qui revient et avec lui le retour des insectes. L’état de croissance de ces petites plantes.

J’ai imaginé le souci au fond de ses yeux, et la sérénité d’avoir accompli une chose en plus aujourd’hui, de se dire que ces plantes vont pouvoir pousser en paix.

Au lieu de laisser nos charpentes voiler une partie de la réalité, nous pouvons sortir de leurs limites et accorder la grâce de la bienveillance, de la compassion, de la patience, de la distance, à ceux qui nous entourent. Il s’agit juste de regarder plus loin, plus grand. Pour essayer de ne pas rater une seule occasion d’être bon envers notre entourage, peu importe ce que lui nous renvoie de sa réalité.

Je radote, vous me direz ! Mais j’aimerais aller encore plus loin dans ce changement en moi. Ne pas me contenter de poser des actes mais sortir de ma charpente, l’affiner, la déconstruire s’il le faut.  Me rappeler qu’on est tous une bande d’Ordinaires. Travailler sur moi plutôt que de vouloir enlever la paille des yeux de l’Autre.

Encore une fois, je n’invente rien, Jésus avait prévenu, il a même donné l’exemple il y a bien longtemps, et Pâques qui s’approche est censée nous aider à nous en souvenir.

Alors dans cette nouvelle journée, dans cette fin de semaine, dans les difficultés de nos vies… Tâchons d’accorder la grâce à ceux qui nous entourent de ne pas laisser l’étroitesse des charpentes de nos pensées polluer, freiner, enfermer, limiter nos relations !

Déconstruisons ! Contentons-nous d’accueillir !

 

 

Photo by Hudson Hintze on Unsplash

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