CE QUE MONTESSORI N’EST PAS

Aaaah, Montessori… La méthode, la pédagogie, la philosophie, peu importe comment vous l’appelez, il n’en reste pas moins qu’elle a le vent en poupe, n’est-ce pas ?

Et après un an immergée dans ma classe de Maternelle, ce n’est pas moi qui irai à contresens : je suis profondément et de plus en plus convaincue que cette méthode fait des merveilles chez les enfants ET chez les adultes.

Mais qui dit « vent en poupe », « tout le monde en parle », « tout le monde s’en inspire », dit aussi dérive et déformations… Alors aujourd’hui j’ai envie de vous parler de ce que Montessori n’est pas.

dav

Alors, Montessori, ce n’est pas …

  • Une méthode clef en main :

Voir comme Maria Montessori (appelons-la Maria tout court, voulez-vous ?!) voyait, ça ne se fait pas en un claquement de doigts.

Ça demande une posture, celle de l’adulte qui a confiance dans les enfants qu’il a en face de lui – ça va vite à écrire, mais songez-y une seconde. Avez-vous confiance dans les enfants qui vous entourent ? Avez-vous confiance qu’ils naissent avec des compétences bien à eux, avec l’envie inscrite au plus profond de leur ADN d’apprendre, de grandir, de devenir autonome ? Comprenez-vous que vous n’avez pas à les remplir de connaissances comme on remplirait un vase d’eau ? Voyez-vous votre rôle d’adulte comme celui d’accompagnateur bien-veillant, sécurisant ?

Ça demande une remise en question, celle de se mettre littéralement « à la place de ». À la place de la personne que vous voudriez accompagner dans son développement. Que voit-elle, à son niveau ? De quoi a-t-elle besoin pour grandir, évoluer ? Que pourriez-vous faire pour la stimuler, l’accompagner dans sa conquête de l’autonomie ? D’ailleurs, votre objectif premier est-il d’être enfin tranquille – honnête, c’est tout ce que je veux après certaines journées de classe, ou d’aider l’humain en face de vous à être autonome ?

Ça demande une sortie de la zone de confort, celle qui est impliquée par un tâtonnement constant et des échecs réguliers, parce que vous vous êtes trompé dans ce que vous avez proposé, trop tôt, ou trop tard, ou au mauvais moment, parce que vous avez récupéré votre point de vue trop vite et oublié celui de la personne que vous accompagnez, parce qu’il faut accepter que l’objectif que vous visez ne soit pas atteint par le même chemin que celui que vous aviez prévu.

Et par dessus tout, ça demande du temps. C’est ce que les adultes ont le plus de mal à accorder aux enfants. Parce qu’en tant qu’adultes et responsables, nous sommes confrontés et parfois étouffés par les échéances, les contraintes, les objectifs, le regard des autres, tellement de choses qui polluent notre esprit et dont les petits enfants sont complètement détachés. Appliquer la pédagogie Montessori, c’est accepter d’investir énormément de temps. Du temps pour préparer l’environnement, du temps pour présenter encore et encore des activités, du temps pour réfléchir objectivement à ce qui a  besoin d’être appris, du temps pour observer l’enfant essayer… Tellement de temps. Il a fallu deux trimestres de travail acharné et parfois tellement épuisant dans ma classe pour enfin apercevoir les bénéfices des réflexions de Maria. Mais pour rien au monde je ne reprendrais pas ce temps 🙂

  • Une fabrique d’enfants Rois :

En apprenant à connaître les réflexions de Maria, je me suis vue devenir un poil psychorigide (dans la classe, et aussi au quotidien, hum). Chaque chose à sa place (et une place pour chaque chose). Des gestes précis, parfaits, justes, ritualisés. Des règles auxquelles on ne déroge pas : utiliser seulement le matériel qu’on a appris à utiliser avec un adulte, respecter le travail des autres, utiliser correctement le matériel que l’on connaît. Chuchoter. Marcher. Aucun détour n’est toléré. Et si détour il y a, l’enfant est immédiatement rappelé à la règle et dirigé vers une activité dans laquelle il est capable de les respecter. (Aucun détour n’est toléré, ni du côté de l’enfant, ni du côté de l’adulte ! Nous devons être des des modèles, ce qui implique de dire « pardon » très souvent, et devoir reconnaître et accepter les émotions qui germent aussi en nous.)

Oui, la pédagogie Montessori est un espace de liberté parce qu’elle permet à l’enfant de travailler ce qu’il a envie de travailler. Mais cette liberté est régie par des règles qui sont inflexibles, qui posent le cadre de comment on travaille. Et j’ai été la première à devoir les appliquer, ce qui est fichtrement difficile, peut être encore plus pour nous adultes.  Dire que « Montessori laisse la possibilité aux enfants de faire tout ce qu’ils veulent comme ils le veulent » et ne dire que ça, c’est ne pas savoir de quoi on parle. Venez faire un tour dans ma classe, pour voir !

  • Une fabrique d’enfants individualistes et asociaux :

Parce que chez les tous petits les activités sont présentées individuellement, l’inquiétude est que chacun d’entre eux devienne centré sur son propre nombril plutôt que sur ce et ceux qui l’entourent. Question au passage, depuis quand passer du temps de qualité régulièrement avec UN enfant fait de lui un être asocial ? Hum, passons.

Maria mise d’abord sur la tendresse. Les humains en ont grand besoin (petits ET grands, n’est-ce pas ?), et ils n’en reçoivent jamais trop. La tendresse engendre la confiance en soi (tu as passé du temps seul avec moi pour m’accompagner et me montrer comment faire seul, maintenant je suis capable ou je m’entraîne pour l’être), la confiance en soi engendre l’autonomie (je suis un être humain capable de me débrouiller dans la vie quotidienne).

Le deuxième pilier est celui du mélange des âges. Quand un enfant de 5 ans est confronté à un autre enfant de 2 ans et demi ou trois ans, il est obligé de faire des efforts d’empathie, d’élocution, d’explications. Quand un enfant de 2 ans et demi est confronté à un autre enfant de 5 ans, il est motivé par l’autonomie qu’il voit chez l’autre et le désir d’être capable à son tour.

Une troisième base est celui du matériel présent en un seul exemplaire : si une activité est prise par un enfant, il faut attendre. Il faut gérer la frustration générée l’attente. Il faut respecter celui qui l’a prise, sans le déranger. Il faut apprendre à regarder l’autre faire.  Dans la classe, il n’existe pas de tables individuelles : tout est à tous, et il n’y a pas d’autre choix que de partager. Et vous savez combien il est facile de faire comprendre la notion de partage a un enfant de 3 ans, hmm ? Lorsque les conflits surviennent – ben oui, on a quand même à faire à des humains, même en essayant de mettre les lunettes de Montessori – les enfants apprennent à les gérer seuls, sans intervention de l’adulte (qui est bien content de ne pas avoir à résoudre pour la quatorzième fois de la journée une histoire de « il m’a poussé / elle a fait un trait sur mon dessin / … »). Après plusieurs mois d’efforts (se reporter au point 1), ça donne des choses tendres et comiques du genre :

Machin et Truc se réunissent derrière la maîtresse – qui tend l’oreille au cas où – pour régler un problème capital.

 « – Machin, quand tu m’as poussé, ça m’as mis en colère et ça m’a rendu triste. T’as compris ?**

– Oui, mais toi, quand tu m’as pris mon bidule, ça m’a aussi rendu triste. T’as compris ?

– Pardon.

– Pardon. »

Machin et Truc se séparent et reprennent le cours de leur vie. 

L’individualité du travail n’empêche pas que les enfants se côtoient, forment un groupe classe, aient des conflits les uns avec les autres, bref, apprennent à vivre ensemble, à respecter des règles communes, à goûter ce début de citoyenneté qui est un des objectifs de toutes les écoles maternelles.

Enfin, si les principes pour les 3-6 ans sont désormais assez connus du grands public,  ce n’est pas le cas de ceux concernant les 6-12 : dès 6 ans, les enfants travaillent en petits groupes et réalisent des projets en communs. Simplement, avant de leur demander cet effort de se tourner vers les autres, Maria pensait qu’on devait assurer une fondation : celle de la construction intérieure, apprendre des choses sur soi, maîtriser son corps, ses gestes, se concentrer, savoir ce que l’on veut et de quoi on est capable. Et ça, pour bien faire, ça se construit avant 6 ans.

**Pour information, cette façon de communiquer s’appelle « Le message clair », et il est extrêmement utile dans la vie ! C’est un début à la communication non violente et c’est pertinent pour les petits comme pour les grands.

  • Un business :

Il n’y a qu’à voir le coût du matériel estampillé « Montessori » (à plus ou moins juste titre d’ailleurs, méfiance !) pour comprendre qu’un vaste nuage de flouz entoure désormais les principes de Maria.

Mal/Heureusement, il ne suffit pas d’aménager une « chambre d’inspiration Montessori », d’acheter le « balais Montessori » ou de posséder tous les cadres d’habillage pour vivre ce que Maria vivait. Si on veut vraiment voir les fruits de sa réflexion dans notre quotidien, il y a des choses qui ne s’achètent pas.

On ne peut pas acheter sa posture d’adulte bienveillant.

On ne peut pas acheter la confiance qu’on place dans les enfants, dans leurs compétences qui sont là sans que nous les y mettions.

On ne peut pas aménager un espace de jeu libre et interdire d’accès certains endroits de la maison.

On ne peut pas se contenter de fabriquer un mobile et espérer que tout le reste fleurisse naturellement.

On ne peut pas appliquer une fois une règle et une autre fois non.

On ne peut pas attendre de l’enfant qu’il soit rythmé, bienveillant, se contienne, mange sainement, range les choses à sa place, arrête de crier, si nous ne nous demandons pas ces choses à nous-même.

Bref … si je suis profondément convaincue qu’un peu de Montessori c’est toujours mieux que rien, je commence à réaliser qu’en faisant seulement un peu,  qu’en prenant à droite à gauche ce qui semble applicable à notre façon de vivre, qu’en se contentant d’acheter tel ou tel matériel « Montessori » pour nos enfants en espérant qu’ils l’utilisent et développent leur compétence, il y a plus de risque de faire des dégâts qu’autre chose … et surtout qu’on ne peut pas espérer, en fonctionnant comme ça, l’épanouissement dont Maria parle dans ses livres.

En 1907, quand Maria a ouvert la première Maison des Enfants, je ne crois pas qu’elle imaginait le commerce qui résulterait de ses réflexions. Ce qui comptait pour elle, c’était que les enfants évoluent dans un environnement qui a été pensé et aménagé pour eux, par des adultes qui avaient envie de les accompagner au mieux dans leur quête d’autonomie. Ce qui comptait pour elle, c’était de leur offrir un espace et du temps dans lesquels ils puissent s’exercer autant de fois que nécessaire et autant de fois qu’ils en avaient envie pour maîtriser une activité. Ce qui comptait pour elle, c’est que les adultes se soumettent à la même discipline que celle qui était attendue des enfants.

dav

Je crois que Maria avait réfléchi et compris beaucoup de choses. Plus j’en découvre et plus je suis convaincue que ses principes sont beaux, et bons, de 0 à 99 ans. Mais comme toute conviction, qu’elle soit intellectuelle ou spirituelle ou émotionnelle, il me semble que le plus important est la cohérence qui doit résonner dans le reste de nos vies. Ça ne veut pas dire que nous faisons tout toujours parfaitement (si vous avez compris que je voulais vous dire ça, relisez le premier point 🙂 ), mais que nous travaillons pour que nos convictions infusent notre vie entière, pour qu’elle soit vraie, honnête, pertinente.

Alors, voilà, tout ce que Montessori n’est pas, selon moi, après une année à le vivre quotidiennement et à goûter aux bénéfices de ce que cela peut être.

Si des éléments vous semblent encore flous, si certaines choses vous paraissent ahurissantes ou si vous vous inquiétez de mon extrêmisme Montessorien grandissant, pitié, écrivez-moi !

4 réponses sur « CE QUE MONTESSORI N’EST PAS »

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s