Montessori pour les tout-petits (0-3 ans)

Montessori, on connaît surtout pour les 3-6 ans : normal ! C’est le matériel qu’on voit le plus dès que le mot clef Montessori apparaît quelque part. Toutefois, Maria avait réfléchi également aux tout-petits, et j’aimerais vous partager les grandes lignes conductrices de sa pensée. Retrouvez également deux ouvrages en fin d’article pour approfondir le sujet !

Quelques bases théoriques

L’être humain est le mammifère qui a le plus longtemps besoin d’être pris en charge avant de devenir un adulte autonome ! Les récentes études neuroscientifiques montrent que notre cerveau n’est mature qu’autour de vingt-cinq ans … Un quart de siècle pour développer nos connaissances, nos connexions, notre sagesse : c’est pas rien ! Voici les trois grands axes que l’on cherche à développer avant trois ans :

Indépendance : « Chez l’enfant, le développement du cerveau se manifeste extérieurement par une indépendance grandissante, des mouvements coordonnés, le langage et une volonté effective. Pour devenir un être humain pleinement formé, l’enfant doit progresser dans tous ces domaines, dès les premiers jours de son existence. »* Selon Montessori, le rôle des adultes est d’accompagner l’enfant à développer son indépendance jusqu’à l’autonomie, notamment en l’aidant à maîtriser sa volonté

Coordination des mouvements : contrairement au poulain qui, à peine né, se dresse déjà sur ses pattes, l’enfant doit apprendre à développer ses mouvements de manière réfléchie, c’est son esprit qui le guidera pour franchir les étapes de la motricité. Montessori accorde ainsi beaucoup d’importance à la maîtrise du corps et plus particulièrement de la main.

Langage : les animaux sont majoritairement capables de communiquer entre eux dès leur naissance. « Le mot « enfant » vient du latin infans, qui signifie « qui ne parle pas ». Bien qu’il ne soit effectivement pas capable de parler à sa naissance, le bébé humain est génétiquement programmé pour le langage. Son cerveau reconnaît d’emblée les unités de sons basiques, ou phonèmes, de toutes les langues humaines. »* Le langage nous permet de penser et de construire notre esprit, c’est un outil indispensable pour évoluer !

Et concrètement, comment on fait ça ?

PRÉPARER L’ENVIRONNEMENT : UNE CHAMBRE « MONTESSORI » POUR LES NOURRISSONS

On est assez loin des pièces hyper colorées et blindées d’objets qu’on voit habituellement dans les catalogues … Globalement, pour la chambre, on cherche à satisfaire quatre besoins élémentaires : sommeil, hygiène, alimentation, et activité. (Bien sûr, selon la taille de la chambre, il n’ est pas toujours possible d’avoir tout au même endroit. L’idée est simplement d’avoir un lieu sobre et fonctionnel. Chez nous par exemple, la chambre est vraiment petite, on réduit donc à une zone de sommeil et une zone d’éveil. L’hygiène se fera à la salle de bain, et l’alimentation au salon ou à la cuisine). Voici quelques pistes :

de la lumière naturelle (bon, toutes les chambres d’enfant ont généralement une fenêtre mais sait-on jamais !)

des « zones » bien définies, par exemple : une zone pour le change, une zone pour le lit, une autre pour les jouets, une zone pour les vêtements …

un miroir (près du lit, pour que l’enfant puisse muscler sa tête lorsqu’il est sur le ventre et qu’il se redresse, et pour pouvoir embrasser toute la chambre du regard !)

des photos / illustrations à hauteur d’enfant (oui, ça sous-entend de s’allonger dans son lit pour voir ce qu’il voit ! 🙂 )

des objets / jouets qui évolueront avec l’âge de l’enfant, et qui lui permettent de « travailler » à une tâche ni trop facile, ni trop difficile (tenir sa tête, attraper un objet, insérer une balle dans un trou, etc). Il ne s’agit pas de mettre une profusion d’objets à sa disposition dès la naissance, mais de sélectionner avec soin ce qui correspond à ses apprentissages et ses centres d’intérêt du moment.

un lit : vous avez certainement eu l’occasion de voir tout une flopée de « lits Montessori » (hors de prix) dans les publicités ces derniers temps, et les lits au sol déchaînent souvent les passions.

Voici ce à quoi vous pouvez réfléchir, et qui explique que l’utilisation d’un lit à barreaux soit moins intéressante : 1. Qu’est-ce-que l’enfant est capable de voir à son réveil ? (ici on propose le miroir, les mobiles, éventuellement des photos ou des illustrations)  et 2. Où l’enfant est-il en capacité de se mouvoir une fois réveillé (pour développer ses capacités motrices, être stimulé par les objets qui sont disponibles)?

C’est pour ouvrir un maximum de possibilités sur ces deux points que les lits au sol sont utiles. N’hésitez pas à vous mettre littéralement à la place de votre enfant pour mieux vous projeter !

Pas de panique, les bébés qui arrivent au bord du lit ont tendance à reculer plutôt qu’à tomber ! Et le lit n’étant qu’à quelques centimètres du sol, la descente n’est pas un problème. Pour sécuriser dans un premier temps, on peut disposer des traversins, des serviettes roulées ou des coussins le long du lit. Un tapis moelleux est également une bonne option pour un atterrissage en douceur.

un environnement sécurisé : si l’enfant à accès à tout, il faut penser à vérifier la fixation des meubles, l’accès aux prises, la fermeture des fenêtres, éventuellement l’accès à un escalier ou à d’autres pièces et donc le positionnement d’une barrière à la porte…

Une chambre inspirée de la pédagogie Montessori, c’est donc une chambre simple, élégante, avec des meubles fonctionnels et des objets utiles. Pas besoin de dépenser des milles et des cents ! Ce n’est pas une chambre où l’enfant ne va que pour dormir ou rester dans son lit. C’est également un lieu d’éveil, de liberté, de jeux, d’habillage, bref, un lieu qui vit et où l’enfant peut être seul en toute sécurité. Comme pour tout le reste, il suffit de faire preuve de bon sens.

JOUETS MONTESSORI POUR LES NOURRISSONS

Les mobiles : suspendus au dessus de la zone d’éveil, ils permettent aux enfants de développer leur capacité visuelle (ils se concentrent ainsi sur un objet à suivre du regard, puis comprennent plus tard que leurs mouvements ont un effet sur l’objet, ils tenteront alors de les attraper, etc). On change de mobile assez rapidement au début, tous les quinze jours environs, puis on peut les réutiliser et en changer régulièrement plus tard, pour le plaisir.

À propos de changement : nous savons que les enfants aiment la nouveauté, mais nous les bombardons souvent de stimuli sans trop y réfléchir. La raison pour laquelle ils recherchent la nouveauté, c’est qu’ils veulent « apprendre quelque chose de leur monde qu’ils ne connaissent pas encore ». Il est intéressant de réfléchir à  nos choix lorsque nous donnons un objet à un enfant. La plupart du temps, nous proposons instinctivement du nouveau aux enfants, essayons-donc de réfléchir à nos objectifs : le faisons-nous pour l’occuper ? Le faire taire ? Parce que nous avons observé un nouvel intérêt ?

Les hochets : ils permettent à l’enfant d’expérimenter la relation entre la vue et le toucher. De nombreuses choses à découvrir : avec un hochet, on peut créer des sons variés, faire l’expérience des températures de la matière (bois ou métal par exemple), du poids… là  aussi, à nous d’observer et d’établir ce qu’il peut être intéressant de découvrir !

Les objets du quotidien : combien de parents s’amusent (ou s’arrachent les cheveux ?) de voir leur enfant passer des heures sur une vieille cuillère en bois plutôt que sur un objet acheté quelques jours auparavant ? 🙂 Les objets réels qui se trouvent dans la maison constituent une grande source d’apprentissage, et il ne faut pas hésiter à rassembler dans un panier quelques objets domestiques sans risques, en changeant régulièrement le contenu. Cela peut être l’occasion de donner des termes de vocabulaires (sans insister, les enfants y seront sensibles plus tard), mais aussi de préparer la notion d’ordre (il pourrait par exemple y avoir un panier « cuisine » avec des ustensiles, un panier « salle de bain » avec des objets qui viennent de cette pièce, etc).

Encore une fois, j’insiste sur le fait que fournir des jouets à un enfant n’a pas besoin de vous ruiner ! Observez-le, voyez où il en est de ses progrès, et proposez lui des objets que vous possédez déjà, ou que vous pouvez fabriquer vous-même !

Les livres : Montessori propose de donner accès à des ouvrages fondés sur la réalité plus que sur l’imaginaire. « Le jeune enfant a besoin d’explorer le monde réel avant de pouvoir apprécier l’univers imaginaire créé par des adultes »*. L’objectif est d’élargir sa connaissance du monde, qu’il s’imprègne du langage, et … qu’il passe un bon moment avec vous ! Les livres sont précieux et ne devraient pas être mélangés avec les jouets, ils ne se manipulent pas de la même façon. Pour éviter les dégâts, il est préférable de limiter leur nombre et d’adapter les supports en fonction de l’âge (livre en carton pour les premiers temps, puis pages un peu moins rigides, jusqu’à arriver au papier ordinaire… rien de bien sorcier). Les livres aux histoires imaginaires viendront s’insérer un peu plus tard.

L’INDÉPENDANCE MOTRICE, OU MOTRICITÉ LIBRE

Il faut environs un an et demi à un enfant pour arriver à marcher… quand on voit d’où ils partent, c’est un exploit stupéfiant ! Pour qu’ils puissent solliciter tous les muscles nécessaires à la marche, il faut que les neurones qui contrôlent ces muscles soient myélinisés. Nous n’avons aucune influence sur ce processus physiologique et c’est ce qui explique la disparité de motricité entre enfants du même âge ! Par contre, la puissance des muscles est influencée par des facteurs extérieurs, et c’est là que nous, adultes, nous pouvons intervenir !

– Le matériel de puériculture : lits, parcs, chaises hautes, sièges, poussettes, balancelles, écharpes de portage ! Autant d’objets dont il n’est pas question de nier l’utilité mais qui contraignent l’enfant à rester en place : à nous d’être attentifs sur ce qui est réellement nécessaire, et quand ! Laissons du temps aux enfants pour être « seul » dans une zone d’éveil.

Les vêtements : quel type de vêtements choisissez-vous quand vous voulez vous dépenser ? Les enfants passent le plus clair de leur temps à être complètement actifs, ils n’arrêtent pas de gigoter. Personnellement, quand je décide de gigoter ( 🙂 ), je porte des vêtements confortables et respirants, et je préfère globalement être dans des tissus amples qui n’entravent pas mes mouvements. Eh bien la moindre des choses, c’est d’être attentif au confort des enfants comme nous le sommes au nôtre ! Le vêtement comporte-t-il un bouton ou une fermeture qui peut être douloureuse quand il est sur le ventre ? Lui permet-il de ramener correctement ses genoux sous lui ? De pousser sur ses pieds ? Mettons-nous à leur place !

Les initiatives : les petits humains naissent dépendants, et dès les premières semaines, nous les soutenons physiquement en permanence. Petit à petit (et souvent trop tôt), nous prenons l’initiative de les placer assis, nous les tirons pour qu’ils se redressent, nous les « faisons marcher » … Soyons vigilants, car nous imposons cela aux enfants alors que leur corps n’est pas prêt, et que nous agissons ainsi pour répondre à nos caprices ou à nos projections plutôt qu’à leur besoin ! Laissons-leur la joie de profiter un jour par eux-mêmes du plaisir de ces efforts. Laissons-les prendre les initiatives ! « Ils ont besoin d’encouragement, mais ils sont les seuls à pouvoir fournir les efforts nécessaires pour développer leur force et leur coordination musculaire »*.

Le temps : si votre attention est constamment détournée par autre chose, vous n’arrivez pas à vous concentrer et à atteindre votre objectif. Nous vivons dans une société où nous sommes constamment stimulés, et malheureusement nos enfants en font également les frais. Laissons leur du temps, sans les déranger, lorsqu’ils sont concentrés sur une tâche. Freinons nos initiatives, ne les interrompons pas, nous n’aimerions pas non plus être interrompus !

ACTIVITÉS MONTESSORI POUR LES GRANDS TOUT-PETITS

Il en existe UN TAS pour satisfaire la curiosité des « Petits-plus-Si-Petits », et je vous invite à consulter les ouvrages en fin d’article si vous voulez glaner des idées. En attendant, voici :

– une progression pour les 0-18 mois puis jusqu’à trois ans, qui vous permettra de situer une ébauche de progression dans les activités, sur le fabuleux site Montessori mais pas que, qui est une super source d’inspiration !

– la frise issue du livre* dont sont tirées les citations de cet article, qui permet de se repérer globalement dans le développement (oubliez l’âge, il n’est qu’une piste d’indication)

Il est précieux pour l’enfant que vous preniez le temps de vous asseoir à ses côtés pour lui présenter comment se servir de l’activité, avec des gestes lents et précis, sans parler.

Dans toutes ces activités, rappelons-nous que l’objectif n’est pas de faire de l’enfant un petit adulte, ni de lui faire prendre de l’avance dans les apprentissages, ni de nous faire gagner du temps, mais simplement de lui permettre de se prendre en charge, dans son propre intérêt ! Et n’oublions pas de lui montrer silencieusement comment faire avant de le laisser essayer.

Il y aurait encore beauuuucoup à écrire sur le sommeil, l’alimentation, les rituels, l’habillage, la toilette, le langage …… mais cet article finirait par être un livre !

En tous cas, si vous avez envie d’avoir des informations plus précises, je vous propose deux ouvrages :

Montessori pour les tout-petits, de Lillard et Jessen aux éditions Marabout (7,90) : hyper complet, avec des témoignages, et mon préféré de tout ce que j’ai lu sur le sujet ! *Toutes les citations de cet article sont issues de ce livre.

Montessori pour les 0-3 ans, de Noémie et Sylvie d’Esclaibes aux éditions Balland (20€) : un peu moins complet, plus cher, mais avec plein d’images qui aident à visualiser.

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