La Matrescence : Devenir Mère

La matrescence … Mais qu’est ce que c’est que ça encore ? Il s’agit d’un terme mis au jour par Dana Raphael, anthropologue dans les années 70. Ça finit comme « adolescence », et ce n’est pas pour rien.

Il s’agit de la transition vers la maternité, comme il s’agit pour les adolescents de la transition vers l’âge adulte.

Le terme « adolescence » nous est très familier, et que nous croyions ou non à son existence, disons que nous sommes tous d’accord pour dire qu’il existe bel et bien une période de changements physiques, émotionnels, et hormonaux qui peuvent durer plus ou moins longtemps et être inconfortables. Curieusement par contre, on parle moins de ces changements qui agissent exactement sur les même domaines et qui ont lieu lorsqu’une femme devient mère.

Et c’est là que je commence à parler de moi … 🙂

Depuis le début de cette grossesse, je suis confrontée à deux extrêmes que je ne sais pas comment gérer. Il y’a tellement d’opinions différents sur ce que devrait être la grossesse. Et j’aimerais aujourd’hui me laisser la possibilité, laisser la possibilité à toutes les femmes enceintes du monde, de vivre dans l’océan situé entre ces deux extrêmes, au gré des vagues de la grossesse et de cette transition bouleversante dans tous les sens du terme.

Nous vivons dans un temps où l’accès à l’information est hyper aisé, une époque où avons accès à des centaines d’expériences,où nous sommes bombardés de « il faut » et « il ne faut pas ». Et si je suis reconnaissante du partage et de la connaissance que ça amène, il faut bien dire que cette remise en question permanente de ce que nous savons et croyons est parfois épuisante… et pas forcément saine.

Concernant la grossesse, il y a d’un côté l’extrême de l’Idéal. C’est vrai, porter en soi une vie qui grandit est un miracle à chaque minute. Et souvent, cette valeur miraculeuse prend la place dans le discours et le quotidien. Il y a toute une mouvance autour de cette sacralité du corps de la femme, du fait de l’accepter, de s’y sentir bien quel qu’il soit, de considérer la grossesse comme un don du ciel. Dans mes journées, les gens regardent mon ventre avant de me regarder dans les yeux. Certains (pitié) veulent à tout prix le toucher. D’autres me disent combien ils trouvent les femmes enceintes belles, ou comme la grossesse me va bien. On me rappelle combien cette période est belle. Je sais qu’il y a de l’envie dans certains regards, de la jalousie peut être parfois. Devenir mère reste, culturellement et de manière inconsciente, une étape, une case à cocher dans le parcours de vie.

Alors moi, je m’en veux parfois.

Je m’en veux d’être arrivée au bout du sixième mois et d’en avoir marre. J’essaie de toutes mes forces de savourer, et parfois j’y arrive, mais le plus souvent, j’ai envie que mon bébé soit enfin à l’air libre.

Lorsque je me sens courageuse et que j’ose dire que c’est contraignant pour moi, je suis confrontée à l’autre extrême.

C’est celui de la négativité. C’est celui qui me surprend à chaque fois autant dans la bouche de mes interlocuteurs.

Je ne peux pas être déjà fatiguée, le bébé n’est pas encore là, et attend de voir ce que ce sera après ! Je ne peux pas trouver mon ventre encombrant, je ne suis pas encore au bout. Je ne peux pas m’ennuyer, je dois en profiter, parce qu’ensuite je prends pour perpet’. Je ne peux pas trouver la grossesse contraignante, elle doit être un des plus moments les plus beaux et les plus épanouissants de ma vie. Je ne peux pas me plaindre, parce que sur le papier tout va bien (je suis en bonne santé, mon bébé est en bonne santé). Je ne peux pas dire que ses coups me font mal, parce que ce n’est que le début. Je ne peux pas avoir mal, parce que je n’ai pas encore accouché.

À chaque fois que je, ou même qu’on (parce que je n’en parle pas ici mais je suis sûre qu’il y a aussi une « patrescence », et qu’elle est loin d’être facile à vivre) soulève un élément, une émotion ou un fait désagréable, au choix, soit on nous enfonce la tête dans l’enfer qui nous attend, soit on nie complètement notre ressenti.

Il m’arrive chaque semaine de ne pas me sentir autorisée à vivre la grossesse que je vis. On était plus indulgent avec moi quand j’étais ado … Et pourtant je me sens mille fois plus chamboulée qu’à ce moment là.

Je vis des cycles où je n’arrive pas à m’ouvrir sur le monde extérieur, comme si tout mon corps et tout mon être n’avaient d’énergie que pour faire grandir ce bébé, que pour me tourner vers l’intérieur.

Je vis des périodes d’épanouissement intense où j’ai confiance en moi, en qui je suis, en mon corps, où je me sens forte et prête à gravir des montagnes.

Je vis des moments de douleur et de lassitude, où chaque mouvement représente un effort, où chaque nouveau réveil dans la nuit diminue la batterie restante pour la journée qui s’annonce, où j’inspire et j’expire mes contractions en attendant que ça passe, où je redoute de ne pas trouver comment m’asseoir en dehors de la maison et de me retrouver avec des douleurs qui m’obligent à arrêter le cours de majournée.

Je vis des temps de joie immense quand mon bébé vient se loger sous ma main, que nous jouons à travers la peau de mon ventre, qu’il répond à mes sollicitations, quand une autre main aimée vient lui communiquer toute sa tendresse, ou quand je pense à notre future vie à trois.

Je vis des instants où je ne sais plus très bien qui je suis en dehors de « une femme enceinte », parce que ma résistance dans l’effort est complètement réduite à néant, parce que ce ventre est là, tout le temps, et que je ne peux pas le poser sur le côté le temps d’une balade ou d’une discussion. Parce que je suis en arrêt maladie et que sans travail, je perds la notion du temps, que je ne sais plus comment se sont déroulées mes semaines.

Je ne vais pas mal. Je vais même très bien, globalement ! Mais je ne veux pas continuer à vivre cette expérience unique en la confrontant à ces deux extrêmes.

La maternité ne doit pas être figée. La façon dont chacune la vit non plus.

Il y a tout un tas de défis à vivre sur le chemin, que ce soit dans ou en dehors de la parentalité. Nous ne nous attendons pas à « ne plus jamais changer » une fois l’adolescence passée. Nous savons bien que nous évoluons encore et encore, que nous continuons de grandir, et qu’au fur et à mesure des expériences, nous ne serons plus jamais les même.

Entre ces deux extrêmes, je cherche l’équilibre, pour continuer à être moi tout en devenant une mère.

Non, être enceinte, je n’aime pas particulièrement ça, mais ça ne m’empêche pas d’être reconnaissante pour ce miracle, cette nouvelle vie, ça ne m’empêche pas d’aimer mon bébé de tout mon être, ça ne m’empêche pas d’être patiente et d’essayer de vivre cette transition de la manière la plus présente possible.

Alors c’est décidé, dans ma route vers le contentement, j’arrête de culpabiliser lorsque j’ai envie de retrouver une circonférence normale, je me laisse le droit de pleurer sans aucune raison, de soudainement être malheureuse, je profite des moments où des vagues d’amour incommensurable m’envahissent en regardant mon ventre, je le caresse autant que bon me semble avec un sourire niais, je prends le temps de savourer cet étrange nouveau corps, et je m’accorde le droit de ne pas l’aimer quand c’est ce que je ressens. Je veux aussi me rappeler qui je suis en tant que personne, en dehors d’une mère, et donner à cette personne ce dont elle a besoin. Et je remercie tous les vis-à-vis (Maman 💕) qui m’accompagnent dans cette matrescence folle sans jugement, sans vouloir me faire changer, et qui me font sentir que j’ai le droit.

La grossesse, comme la parentalité et la vie en général, n’est pas une ligne droite, elle est pleine de saisons, et bonnes ou mauvaises, je veux les vivre librement, telles qu’elles se présentent à moi. Et par dessus-tout, je sais qu’en toutes circonstances, le meilleur reste à venir.

Pour aller plus loin, je vous propose :

– si vous avez six minutes et vingt-huit secondes, de regarder ce TedTalk super intéressant d’Alexandra Sacks qui synthétise le sujet.

– si vous avez plus de temps, d’écouter le podcast La Matrescence de Clémentine Sarlat (disponible sur toutes les plateformes d’écoute), podcast grâce auquel j’ai découvert ce nouveau mot qui m’a aidé à me sentir moins extraterrestre.

2 réponses sur « La Matrescence : Devenir Mère »

  1. C’est vrai c’est comme une adolescence… Et comme chaque adolescence elle est différente pour tout le monde et en grande partie selon les gens qui t’entourent. Elle est différente si tu es 1er ou dernier de ton groupe d’amis à t’y aventurer. Elle est même, la vilaine, différente d’une grossesse à l’autre ! C’est une expérience unique, un rollercoaster. Elle ne se termine pas toujours bien pr tout le monde. En fait je pense que les femmes déjà mamans projettent énormément sur les autres femmes enceintes ce qu’elles ont vécu d’où les remarques et attitude extrême ou chelou… Enfin ça c’est ce que j’en pense 🙂

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    1. C’est certain qu’il y’a de la projection et pas seulement chez les mères mais chez tous les êtres humains et dans tous les domaines 🙂 le combat c’est de trouver l’équilibre, de ne donner les conseils que s’ils sont demandés, et de se rappeler que chaque expérience est unique et que nos projections n’ont pas lieu d’être !

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